La Collecte Hippomobile à Trouville-sur-Mer

festivalmai> Le cheval cantonnier en vedette à Trouville-sur-Mer

L'histoire de Festival de mai, le percheron de Trouville-sur-Mer à la retraite aujourd'hui, remplacé par Lasso du jardin Cob Normand et Octane du parc un baudet du Poitou mérite d'être contée car, contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce n'est pas juste au nom de la protection de l'environnement que la commune de Trouville a acheté un cheval de trait.
En 2000, Olivier Linot directeur général des services de la ville de Trouville, s'inquiète du tonnage quotidien des ordures ménagères. La population de Trouville-sur-Mer varie entre 5.000 habitants durant la semaine et 20.000 habitants le week-end ! On y compte pas moins de 80 restaurants et le poids du verre, 50 tonnes par an, est pour beaucoup dans le tonnage de déchets.
La ville envisage alors l'achat d'un petit véhicule électrique pour collecter le verre dans les restaurants.
Après étude, le coût lui semble prohibitif, surtout au regard de l'achat d'un cheval et d'une " charrette ". Pour 3.000 euros, la ville acquiert Festival de mai, un percheron de cinq ans. Elle embauche trois personnes et se lance dans la collecte du verre. "Les embauches auraient été effectuées de la même façon si nous avions acquis un camion", explique Olivier Linot au journal Le Monde qui, en novembre 2007, consacre un article à cette question. En fait, c'est par souci d'économie que Trouville-sur-Mer s'est lancée dans l'aventure des chevaux territoriaux.
A l'arrivée, le dispositif donne donc satisfaction sur le plan technique. De surcroît, il présente des coûts de fonctionnement parfaitement raisonnables : l'entretien du matériel, la nourriture des chevaux et les frais de vétérinaire représentent une enveloppe d'environ 7500 euros par an, à comparer à la maintenance et à la consommation de carburant d'un véhicule de même capacité. Sur un plan pratique, la ville a d'ailleurs passé un marché avec un agriculteur auquel elle a confié un champ appartenant à sa réserve foncière : l'agriculteur, qui l'a ensemencé en blé, lui rétrocède la moitié du foin collecté. Enfin, sur un plan strictement administratif, c'est tout naturellement que le cheval a trouvé sa place dans la ligne « cheptel » de la comptabilité publique.La mairie s'est donc lancée dans l'achat d'un premier cheval, qui sera suivi d'un second trois ans plus tard de façon à optimiser le fonctionnement du service.



OCTANE2> Un élément déterminant pour le tri sélectif

La ville a également investi dans un tombereau adapté au transport des déchets. Depuis cinq ans, les tournées ont lieu quatre matinées par semaine pour le ramassage des déchets des restaurants et des bars, le mercredi étant consacré à la collecte auprès des particuliers. Chaque tournée dure environ cinq heures (de 8 heures 30 à 13 heures 30), à laquelle il faut ajouter une demi-heure à l'aller et au retour pour le convoyage du cheval jusqu'à son écurie. « Dans la pratique, nous n'avons rencontré aucune difficulté matérielle, souligne Olivier Linot. Il est vrai que pour notre premier cheval, nous avons opté pour un animal qui avait travaillé à Disneyland. Il était donc habitué à évoluer au milieu de la foule. On ne relève en outre aucune animosité particulière de la part des automobilistes. Après tout, le cheval et son tombereau ne sont pas plus encombrants qu'une camionnette. La seule difficulté technique réside dans les limites physiques du cheval, qu'il n'est pas possible par exemple de faire sortir les jours de verglas ».


> Un moyen d'insertion sociale

En 2010, Toujours pour afficher leur volonté d'innovation, les dirigeants trouvillais ont choisi en matière de ressources humaines de doubler leur choix technique d'un volet social.
« Dans notre esprit, le recours au cheval devait s'accompagner d'une part au moins du recours aux emplois aidés. S'agissant d'un service nouveau, il apparaissait en effet opportun de faire un geste en direction de personnes en difficulté, et notamment des jeunes. D'autre part, nous ne disposions pas en interne des compétences nécessaires à la conduite et à l'entretien de l'animal. C'est ainsi que quatre personnes, toutes en rapport avec le monde du cheval, ont été recrutées : trois dans le cadre du programme « Emplois jeunes » et la quatrième sur la base d'un contrat emploi consolidé (CEC). Depuis, trois ont été titularisés, le quatrième ayant trouvé un emploi stable par ailleurs. Les trois agents assurent le service par roulement, ainsi que l'entretien du cheval durant le week-end.
« Il faut préciser que la conduite du cheval et de son attelage est particulièrement valorisante pour le personnel souligne le Directeur Général des Services. Nous avons ainsi recruté un agent auquel nous faisons fréquemment appel pour effectuer des vacations en tant que cantonnier, et qui vivait essentiellement de « petits boulots » dans les écuries de chevaux de courses. Il a pris sa nouvelle mission particulièrement à cœur, au point qu'il est devenu, avec ses jeunes collègues, une sorte d'ambassadeur de la ville auprès du public : le week-end, il emmène le cheval dans les foires et les manifestations de la région où la ville est invitée. Sur un plan personnel, il y a trouvé un véritable épanouissement. Aujourd'hui, aux yeux des enfants, Pascal, c'est celui qui avec sa voiture à cheval, amène le Père Noël à la fête de l'école ! »


> Des impacts multiples

L'introduction du cheval à Trouville a eu des impacts sur plusieurs plans :
- Financier, eu égard aux coûts de fonctionnement du service,
- Ecologique, avec l'utilisation d'animaux en vue du recyclage des déchets,
- Social, à travers la dimension d'insertion,
- Enfin, en termes de communication vis à vis de la population, mais aussi pour la valorisation de l'image de la ville.

Pour autant, faut-il généraliser l'emploi du cheval dans les services ?

Sur ce point, Olivier Linot défend un point de vue assez arrêté : « Il est encore un peu trop tôt pour aller au-delà : le recours aux animaux de trait souffre encore d'une image bucolique, qui le fait passer au mieux pour un gadget. Il faut sans doute attendre que l'utilisation du cheval du cheval se soit étendue à davantage de villes avant de penser à l'intensifier.
L'introduction du cheval doit résulter de la conjonction d'un besoin et de l'absence de réponse technique disponible ». En d'autres termes, savoir placer l'accélération quand arrive la ligne droite.

Quelques expériences notables :

Rennes, Boulogne-sur-Mer, Brest, Quimper, Lyon, Meudon, Pau, Cabourg, Trouville... nombreuses sont les municipalités à avoir fait le choix de réintroduire le cheval dans la ville, dans diverses fonctions : ramassage scolaire, collecte des ordures ménagères, entretien des espaces verts, police montée... À l'heure de l'écologie et du développement durable, les chevaux disposent de sérieux atouts pour répondre aux besoins des communes : pollution environnementale réduite, faible coût...

Depuis 10 ans, les initiatives se sont multipliées dans les villes françaises à l'instar de Trouville-sur-Mer dans le Calvados, une des premières à expérimenter un service de chevaux territoriaux pour optimiser le ramassage des ordures ménagères. 

Aujourd'hui, preuve du regain d'intérêt pour le cheval au travail, plus de 100 villes ont participé au Congrès national des Chevaux territoriaux qui s'est tenu pour la 8ème année à Caen. De nombreuses municipalités utilisent aujourd'hui les services des chevaux pour des tâches de collecte de verre, de ramassage scolaire ou de débardage.

L'Association Espaces qui assiste régulièrement à la manifestation, utilise depuis 1998, en partenariat avec le Centre des monuments nationaux, des chevaux de trait dans le Parc de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine) sur un domaine de 470 hectares. Après avoir initié des chantiers d'insertion (débardage et transport du bois) pour des personnes en situation d'exclusion sociale et en difficulté professionnelle, une étude a été réalisée en novembre 2008 sur l'activité hippomobile et sur l'arrachage de plantes invasives, comme le Laurier du Caucase, des activités où le cheval se révèle très performant. Deux Percherons devraient rejoindre le domaine l'année prochaine. L'association projette aussi de faucher et de récolter le foin afin de pouvoir ensuite l'utiliser dans un objectif d'auto suffisance dans le Parc.

Autre nouveauté du Congrès, l'expérience de l'entreprise Suez Environnement, dont la Sita propose désormais des prestations de développement durable aux collectivités locales. C'est le fruit d'un partenariat avec une entreprise dont le métier de base ne consiste pas à faire travailler des chevaux, mais des camions, et pour ce faire, elle a fait appel à un sous-traitant Hippo-Ecolo-Services. A travers l'exemple de deux villes, Pont Sainte Marie et Saint André les Vergers, qui se sont engagées dans la collecte hippomobile, le groupe Suez espère proposer des solutions alternatives qui permettraient en partie de répondre, à l'avenir, aux objectifs duGRENELLE 1.

Par le biais de l'Association Equiterra, une étude sur le bilan carbone a été réalisée à Beauvais sur un chantier type qui effectue la collecte de verre. 30% des émissions de gaz à effet de serre sont liées au transport, et d'ici 2050, la France s'est engagée à limiter le réchauffement climatique et à diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serre. Le développement d'une « Energie cheval » devrait servir à créer des emplois locaux. L'association a aussi rappelé que sur cent poulains de trait qui naissent aujourd'hui, 95 % des animaux partent à la boucherie, il est donc important de se mobiliser afin de pérenniser des emplois en voie de disparition (par exemple, deux tiers des éleveurs ont plus de 55 ans et certains métiers -bourreliers et autres- sont aussi menacés de disparaître). Des études soulignent que la proximité géographique entre les chantiers et le cheval reste un facteur important de diminution du bilan carbone tout comme une alimentation bio de l'animal. Des chantiers tests seront réalisés l'année prochaine par Equiterra, car les analyses révèlent déjà que l'utilisation du cheval permet de réduire de 60 à 70 % les émissions de gaz à effet de serre par rapport à un camion.

Un autre projet original a été présenté lors du Congrès, celui d'EcoDomaine (situé au sein du Domaine du Bouquetot) en collaboration avec la Communauté de Communes Cœur Côte Fleurie et en partenariat avec l'association Hybrid Energie. Le projet allie les différentes facettes d'énergies renouvelables dont la méthanisation (production d'électricité grâce au fumier de cheval) combinée à la culture de spiruline dans le cadre d'une ferme pédagogique.
La spiruline, une micro-algue alimentaire aux grandes qualités nutritionnelles, renforce le système immunitaire. Le projet de méthanisation (une fermentation qui permet de récupérer les gaz à effet de serre) est lié au concept de production de spiruline. En terme d'environnement, le projet favorise notamment la réduction du méthane, la culture de spiruline a un faible impact écologique (elle nécessite peu d'eau et peu d'espace), le cheval pourrait être utilisé pour le transport hippomobile du fumier, l'idée serait aussi d'utiliser la spiruline comme complément alimentaire pour les chevaux.
L'EcoDomaine pourrait s'installer à Saint-Pierre-Azif, la volonté de créer une ferme du XXIIè siècle signifie aussi « penser la ferme autrement » en alliant différentes sources de revenus de manière cohérente pour un projet innovant, relayé par le cheval. La ferme espère voir le jour dès 2010.

Un éleveur de chevaux de trait, Norbert Colon est venu évoquer le projet de navette hippomobile au Mont Saint-Michel, le syndicat mixte du Mont qui était à la recherche d'un moyen de transport pour faire la navette entre le continent et le Mont proprement dit, a débloqué une somme de 50000€ pour faire une étude de faisabilité auprès des Haras Nationaux, et c'est la société Veolia qui a remporté le marché. Six tramways hippomobiles de 50 places chacun devraient être opérationnels le 11 novembre 2011, ils devraient transporter les passagers, pour un aller simple de 4€ et 6,50€ aller-retour.

La Ville de Deauville en 2009 annonçait la création d'un centre de formation pour meneurs et chevaux territoriaux.

La Ville d'Hérouville Saint-Clair étudie aussi la possibilité d'utiliser un cheval territorial dans un but de développement durable et d'insertion de personnes en difficulté (création de contrats d'avenir).

La Ville de Lyon qui utilise un attelage pour collecter les déchets dans le Parc de la Tête d'Or depuis 2005 a souligné qu'il serait important de revaloriser l'emploi de meneur au sein des collectivités territoriales, des employés qui travaillent avec des salaires très peu élevés.

Le deuxième Championnat de France des Meneurs Territoriaux s'est également déroulé sur la plage de Trouville avec une douzaine de villes en compétition. Les épreuves techniques (tests d'immobilité du cheval, le « reculer » de la carriole, etc) prouvent que les meneurs sont capables de s'adapter au matériel et au cheval sur un terrain techniquement difficile. Le trophée a été remporté par la ville de Saint-Pol-de-Léon, et parmi les quatre premiers lauréats figurent des équipages menés par des femmes, preuve que la profession se féminise et que leur sensibilité s'harmonise parfaitement avec celle de l'animal.


> Octobre 2010 retour sur le 8ème Congrès des chevaux territoriaux

A l'heure de l'écologie et du développement durable, de plus en plus de municipalités embauchent des chevaux. Le congrès annuel des Chevaux Territoriaux est l'occasion pour les élus et les techniciens d'échanger leurs expériences.

Le huitième Congrès des Chevaux Territoriaux s’est déroulé pour la première fois sur l’hippodrome de Clairefontaine dans les locaux du nouveau Centre de formation des meneurs et des chevaux territoriaux, les Samedi 23 et Dimanche 24 octobre 2010.

Le Congrès confronte chaque an-née les expériences de communes de France et d’Europe qui utilisent les services des chevaux pour les tâches de collecte de verre, de dé-bardage ou de ramassage scolaire. 
Le transport à cheval apporte une valeur environnementale forte, un contact avec les chevaux de traits pour les habitants et une valorisation des races régionales de chevaux dans leur travail quotidien. Il favorise aussi la disparition des nuisances sonores matinales, suscite l’intérêt des riverains et valorise les emplois. Cette année Trouville a renouvelé ses équipements : une nouvelle voiture a été livrée à point nommé la veille même du démarrage du Congrès. Lasso du jardin, le fameux che-val meneur, accompagnera les agents chargés de le diriger dans de meilleures conditions puisque cette voiture comporte un toit. Ils seront ainsi à l’abri des intempéries et installés plus spacieusement. D’autant qu’à cette voiture on peut atteler un deuxième cheval.

La création d’un Centre de formation sur l’hippodrome de Clairefontaine devrait permettre d’améliorer le nombre de meneurs de chevaux territoriaux. Le développement aujourd’hui de plus en plus rapide des services hippomobiles (des grands groupes comme Veolia proposent des servi-ces de voirie ou de transport avec des équidés) et les centaines de haras présents dans la région justifient la création de ce centre dont l’objectif théorique est de former 300 meneurs sur dix ans. Il regroupe des écuries, des salles et des équipements de premier plan, un hébergement pour des stagiaires. 

A l’issue du Congrès, les membres de la Commission Nationale ont également envisagé de créer une association régie par la loi du 1er juillet 1901 afin d’aider les collectivités territoriales à mettre en place un projet hippomobile et de mutualiser et partager leurs expériences. Les collectivités comme les Etablissements Publics pourront faire partie de cette association.

En 2014, la Basse Normandie accueillera les jeux équestres mondiaux, une bonne opportunité de promouvoir aussi des emplois ‘verts. Rappelons que Trouville est le siège national de la Commission de développement des chevaux territoriaux.