Frederic_Encel_200Frédéric Encel, docteur HDR en géopolitique et maître de conférence à Science-Po Paris organise la première édition des Rencontres internationales géopolitiques, à Trouville-sur-mer. Celles-ci ont pour thème cette année : « La France est-elle une grande puissance ? »

Quelle est l’image de la France dans le monde, aujourd’hui?

Dans le monde entier, on parle positivement des Français, on apprécie la culture française, ou parfois, on ne nous aime pas, comme par exemple Daech, parce qu’on agit et qu’on est présent, et aussi parce que l’on représente des valeurs qui ne sont pas les leurs et que l’on constitue un modèle démocratique loin du leur.
A côté de cela, on est les seuls à se moquer de nous mêmes. Les Anglais ne se moquent pas d’eux-mêmes. Les Allemands ne se moquent pas d’eux-mêmes… Lorsque l’on regarde les enquêtes d’opinion en France, notamment pendant les périodes de campagnes présidentielles, on se rend compte que les Français ont une impression de déclin dans leur pays. Depuis les années 1970, nous avons une représentation collective du déclin en France, de nos puissances, voire même de ce que nous sommes, de notre collectif national. Et ça, c’est un ennemi qui est encore plus perfide que Daech, bien plus dangereux.

Quelle est l’origine de ce colloque? Qu’est-ce-qui vous a donné envie de poser la question, justement, de la puissance de la France ?

J’enseigne les questions internationales, la politique étrangère à Science Po qui a toujours fait partie du programme. Plus récemment, autour des questions de terrorisme et de cohésion nationale, et de l’égalité homme/femme, ce que j’appelle le « réenchantement de la nation » terme emprunté à Max Weber est absolument nécessaire. De ce point de vue là, la question est absolument d’actualité. Au moment où sur 25 000 soldats qui se trouvent en opération, plusieurs milliers sont en train de faire la guerre. Je suis consultant au Ministère de la Défense, et je peux vous dire que la guerre que l’on mène au Mali ne fait pas de prisonniers. C’est une vraie guerre. La France est vraiment engagée. C’est quelque chose qui parait vraiment fondamental.
Et pour être encore plus honnête, je suis en train d’écrire un livre à paraitre aux P.U.F. en septembre qui s’intitulera Géopolitique de la nation France. On ne parle pas de la puissance France mais plutôt comment on arrive à combattre le terrorisme révolutionnaire de Daech. Est-ce qu’il faut trouver autre chose que les piliers que sont les valeurs républicaines et la laïcité? Nous travaillons beaucoup sur les valeurs démocratiques, bien sûr. Il s’agit à la fois de lutter contre l’islamo-gauchisme et l’Extrême droite. Je suis très Républicain : il faut lutter contre les extrémismes de tous bords. La faiblesse par choix est un défaut ! Mais parler de la Nation, ce n’est pas un gros-mot!
Nous essaierons l’an prochain de réorganiser des rencontres géopolitiques, sur deux jours, en parlant cette fois du Proche et du Moyen Orient. Nous serons en 2017, une année en 7 donc. L’ occasion de parler de plein d’années intéressantes : 1967, 1947, 1917 qui sont des dates clés au Proche-Orient.

Quelles sont vos attentes vis à vis de cette première édition ?

Qu’on en parle ! J’aimerais que des personnes ici et ailleurs en France se disent : « Chouette! On fait de la géopolitique à Trouville! On n’en fait pas que à Paris. On n’en fait pas que de manière militaire et on n’en fait pas que sur la Syrie, la Libye, ou l’Irak, le Soudan, etc. Que les gens se disent que l’on peut faire de la bonne géopolitique, concernant en particulier la France. Ca, ça m’intéresse.

Propos recueillis par Jessie Drouin
+ Infos : Colloque géopolitique le samedi 25 juin, en accès libre, à l’Hôtel-de-Ville de Trouville-sur-mer. de 9H30 à 18H30. | programme